Comme Chirac en son temps, Sarkozy est le président de la déception !
Nous sommes à un an de pouvoir absolu du petit prince, à 40 ans d’un mai 68 qu’il voulait dissoudre.
On fêtera l’un, on déceptualisera l’autre.
L’anniversaire de Mai 68 sans le journal « Pilote » n’étant pas possible rendons grâce aux éditions Dargaud pour cette (re) parution salvatrice.
En parlant de pilote, depuis un an, on en possède un, mais pas à la hauteur.
D’où vient cette déception ?
Tout d’abord par son style et l’idée qu’il associait à celui-ci. Sarkozy a réussi à se faire passer, bien qu’au pouvoir durant la précédente présidence de droite, comme l’homme de la vraie rupture.
Et sur ce thème il a réussi l’exploit d’être crédible et de gagner une election "imperdable" pour la gauche !
Pourquoi ?
- D’abord par l’âge du capitaine : né en 1955 (excellente année vous pouvez me croire !), il est le premier président à n’avoir pas connu la 2eme guerre mondiale et la politique façon 4eme république. Donc crédible pour engager la France dans le 21eme siècle !
- Ensuite par ce style justement !
Un problème ? eh bien moi je suis la pour les résoudre !
Qui a dit que le « politique ne peut rien faire ? » et il va le prouver jusqu'à sa propre vie intime en perdant l’amour de sa femme puis en le reconquérant (véritable épisode style « amour gloire & beauté qui tint la France médiatique en haleine…), - Nous n’oublierons pas sa réussite dans la durée lors du précédent quinquenat : qui aurait cru qu’il tiendrait la distance sans s’écrouler en étant omniprésent sur tous les sujets du gouvernement tout en sprintant pour sa candidature à la présidence de la république,
- le retour de la "baraka", enfin grâce à se président là, la France va renouer avec le génie et le culot de réussir là ou tous les autres ont échoué.
Et dans un premier temps, çà marche !
Cela nous a coûté un Kadhafi avec une tente à l’hôtel Marigny, un Hugo (pas Victor mais Chavez), manque plus qu’un négationniste de l’homosexualité iranienne ! Plus peut être l’inimitié de pas mal de gouvernants européens estomaqués par ce captage d’héritage diplomatique. - Enfin l’ordre moral.
Pour l’ordre moral plusieurs pistes (je n’en garde que deux) le rendent « présidentiel » :
- en victime présumé de l’affaire Clearstream, il signe la rupture avec les manigances financières digne de l’ancien régime
- avec l’héritage de mai 68 sur lequel il fait porter la délinquance juvénile dans les écoles et la perte des valeurs (dans un monde sans repère c’est du pain heu… « béni »). Je fais l’impasse sur l’idée du retour en religiosité voulu pour notre société et des coups de boutoir dans notre cohésion autour du laïque.
Psychoabracadantesque analyse !
Il y a bien sur les manifestations objectives : « le président du pouvoir d’achat » par exemple et l’on pourrait trop rapidement peut être croire que c’est cela qui « plombe » le président.
Il y a aussi le coté « bling bling » inventé par Marianne et pompé par Libé quelques temps après sur une « une » célèbre !
L’épisode « mes femmes à moi » donnant l’impression qu’il s’occupe plus de lui-même que de son peuple.
Sur le fond, il y a cette idée de l’apparence, de « faire président », cette idée (excusez du terme) de royaliste qui ferait que le Peuple de France, républicain aurait soif d’une représentation de « majestuosité ».
No way, fausse route ! Ce n’est pourtant pas cela qui exaspère (regardez Berlusconi !) mais il y a quelque chose de plus subtil, et de plus profond hélas.
Le peuple de France avait envie d’y croire, d’y croire une dernière fois et cette fois la aussi s’effondre, la dernière cartouche de notre croyance en la politique fait pschitt !
Avec Sarkozy comme président, on avait envie de croire que tous les malheurs de la France allaient enfin disparaitre !
Promis juré, nous ne serions plus les rigolos de service.
les autres pays....
Il y a surtout la désespération (voir le Littré) d’une population frappée à jamais d’un mal Français qui ferait que l’herbe est plus verte ailleurs.
Notez que c’est la faute d’un gouvernement qui n’arrête pas à chaque fois qu’il prend une décision de se cacher derrière un « d’ailleurs tous les autres pays le font déjà ».
Belle preuve d’inventivité ou de bravoure d'un gouvernement de droite dans la revendication de ses décisions.
Privatisez, privatisez, il en restera toujours…
On ne peut comprendre la logique d’action gouvernementale si l’on ne part pas d’un postulat tout simple qui hélas ne date pas de l’ère Sarkozy mais bien de celle de son « mérovingien (*)» prédécesseur.
Privatiser en France tout ce qui peut devenir une pompe à fric non plus pour la collectivité mais pour quelques particuliers.
L’objectif n’est pas que vénal, il a aussi un sens idéologique.
Enlever à l’état tout ce qui contribue à son équilibre financier et vous créer ainsi dans l’opinion publique le sentiment de son inutilité.
J’avais eu une discussion lors de l’interview off d’un cadre technique parisien du RPR dans un luxueux loft de la rue paradis à la prise du pouvoir de Chirac : « notre objectif (et le vœu de Claude Bébéar) est de privatiser la sécurité sociale au plus vite ».
Alors, bien sur, on jurera « tenir » à la vie à la mort à l’héritage du gaullisme historique (ce que dira Chirac au plus fort moment du démembrement de la sécurité sociale) tout en faisant de l’institution une coquille vide.
Une coquille qui pèsera financièrement tellement pour un retour sur investissement chaque jour écorné que le peuple lui-même finira par demander sa disparition !
Vive les groupes privés pour gérer notre santé publique…
Souvenez vous de l'attribution du marché de radiotéléphonie à la SFR, filiale de la CGE par Gérard Longuet (http://www.lexpress.fr/services/archives/consultation.asp?id=005076P).
Je cite aussi "Dans son rapport révélé hier par « Libération », le juge, rappelant les liens unissant la CGE à M. Longuet pendant cette période, met notamment en parallèle cette plus-value avec l’attribution par le ministre Longuet d’un important marché de radiotéléphonie à la SFR, filiale de la CGE." (http://www.humanite.fr/1994-05-27_Articles_-De-nouveaux-elements-contre-Gerard-Longuet).
Gérad Longuet a depuis été relaxé.
Voyez cette cour des comptes qui pointe du doigt la logique du discours libéral : privatisation de l’exploitation des autoroutes dont certains péages fréquentés ont connu une hausse de 80% de leurs prix.
Nous sommes bien loin des explications données par la droite lors de la cession de ce bien publique.
Maintenir la peur c’est diriger sans crainte.
Opter pour la précarisation des travailleurs plutôt que pour le plein emploi c’est à coup sur faire disparaitre toute velléité de contestation. Effacer au plus vite la toute puissance du monde ouvrier pour revenir à ce qui a toujours « fait » les beaux jours de la droite : le servage.
On nous agitait le spectre de la « dictature du prolétariat » pour mieux nous imposer celle du libéralisme.
Alors quel est le bilan de Sarkozy ?
Celui d’un gâchis, d’une idéologie toujours prompte à parler de la gauche comme d’un archaïsme et d’une pensée idéologique justement !
Et bien plus ! Ce sera celui de l’imposture : habiller du mot réforme la casse d’un système social que l’on croyait fédérateur.
Mais, que voulez vous, à toujours glorifier la réussite individuelle, c’est l’avancée collective qui s’effrite !
(*) Les rois mérovingiens (juste habiles à perdre le pouvoir) sont qualifiés de "rois fainéants".