La prison cela n’arrive pas qu’aux autres.
Cette simple phrase devrait nous mobiliser urgemment pour trouver les moyens de rende digne ce passage pas forcement agréable vers la « case prison –vous ne touchez pas 3076.92 euros ».
Tout cela pour vous dire que dans le merveilleux TGV me ramenant de Paris, je me trouvais en face d’un homme surement important, lisant un bouquin de Fred Varda en riant assez souvent : il se reconnaitra peut être, allez savoir !
J’ai dit important ? Ah oui c’est vrai, comment l’ai-je su déjà ?
Peut être à cause de cette grosse parution posée sur la table, une couverture blanche frappée du logo bleu-blanc-rouge de la république et, en suffisamment gros pour que je puisse le lire à l’envers « assemble nationale ».
Bref, car je sais être bref n’est-il pas, du lourd !
Et notre homme assez jeune, enfin la quarantaine se tordant de rire devant la truculence de la Varda. Surement que mon regard curieux, rieur et interrogatif le fit prendre la parole pour me dire tout de go « écoutez ça ! » et sans autre préambule il se mit à lire à voix haute (nous sommes dans un TGV ne l’oubliez pas !) un passage qui me fit effectivement partager son hilarité.
Sur le fauteuil d’en face, de l’autre coté de l’allée, un autre personnage, déjà moins sympathique mais assez connu restait de marbre, les yeux fixés sur son figaro, comme on s’accroche à une bouée, comme dans ses petits souliers. Il faut dire que je l’avais accueilli (pour une fois que j’étais en avance pour prendre mon train) avec un regard insistant de mépris. *Vous pensez : le nouveau boss de la croix rouge, Jean-François Mattéi !
Homme (béni par les organismes payeurs des retraites) plus connu pour son incurie les jours de canicule été 2003, et récompensé sur le champ par une royale voie de garage à la croix rouge en 2004.
Bref !! Car voyez vous je sais être bref quand il le faut, et le reste du temps aussi d’ailleurs. La conversation avec mon sympathique lecteur prend de la vitesse mais aussi de hauteur. La conversation dérive bien vite sur la politique, puisqu’il me semble avoir affaire à un député. Ce qui le fait bien rire, comprenant ma méprise au sujet du gros document à la livrée blanche posée devant lui. « Ah çà ? Non c’est juste une… réunion…. Consultation… technique….. Bla-bla.. » bref il est plutôt magistrat.
Magistrat ? Une vraie aubaine non ? Voyons, on a dépassé Lyon il me semble, plus qu’une heure et demi de voyage et tant de questions…
- Sur l’indépendance, on parle de Denis Robert...
- sur la solitude du juge (mais aussi celle de celui qui se trouve happé par la machine judiciaire),
- l’affaire d’Outreau et la commission d'enquête parlementaire,
finalement tout simplement le sujet devient la peine de prison, ou plus précisément la quête du graal, la pierre philosophale et la philosophie en général.
Pourquoi la peine de mort à Beaucaire était « naturelle » grâce à la crue du Rhône qui tous les ans noyait les cachots et permettait ainsi aux nouveaux arrivant de trouver une prison lavée à grande eau et forcement bien moins surpeuplée… jusqu’à la prochaine crue bien sur !
Bref, avez-vous remarqué le degré de concision de mes propos ?
Que voulez vous : être bref est ma seconde nature.
Non, la première, bref donc, nous en arrivons à la philosophie sur la peine de prison, son pourquoi dans le temps (l’espace je m’en souviens plus….). Évidement nous bi-dérivons (souvenez vous que nous avons déja dérivé une première fois juste un peu plus haut : est-ce bien raisonnable ?) sur les moyens de la justice, et là, une phrase me foudroie tel un caténaire sur le hérisson (freudien ! ) : « Que voulez vous, les français ne sont pas prêts à payer pour les prisons » sous entendu pour les prisonniers.
J’avais déjà une idée du degré de civilisation d’un pays en regardant le niveau de traitement de cette privation de liberté qu’est la prison.
- Et moi suis-je prêt à payer pour que ma garde à vue probable se passe dans les meilleurs conditions jusqu’à preuve (probable aussi) de mon innocence ?
- Ou celle de mon fils ou de ma fille ?
- Je n’aborderai pas la question de ma femme parce que la lettre anonyme n’a pas été faite directement sur mon ordinateur et que rien ne prouve qu'elle fut de moi.
« Les français pas prêts…payer… prisons… ».
Brrr froid dans le dos. Le froid dans le dos est d’autant plus fort que c’est toute la question de la volonté Du Politique qui me saute aux yeux… « Les français étaient ils prêts » pour supprimer la peine de mort ?
Le courage politique n’est-il pas dans la repentance justement envers toutes les probables futures victimes de délinquants sexuels dument connus.
- Les français ne sont-ils pas prêts à payer pour éviter à leurs enfants d’être dans la prochaine loterie morbide ?
- Tous les reportages sur ceux qui sont passés par la case « prison » sans avoir eu à y être ne sont-ils pas suffisamment « visibles » dans nos médias ?
- Combien de rapports sur les prisons comme celui de Gil ROBLES, Commissaire aux Droits de l’Homme : sa formule après une visite des prisons françaises confiait n’avoir vu pire "qu’en Moldavie". Ou alors « Le maintien de détenus aux Baumettes me paraît être à la limite de l’acceptable, et à la limite de la dignité humaine ».
- Combien de faux « je découvre comme vous avec horreur »
- combien de « il faut d’abord penser aux victimes plus qu’aux coupables.
Cette vraie double peine
La prison est une privation de liberté, elle n’est pas ou ne devrais pas être cette vraie double peine que tout le monde dénigre : la privation de dignité.
La vrai et unique protection des victimes trouve une partie (il n’y a pas de risque zéro) de sa réponse dans les moyens que l’on met dans ce que la prison devrait être : un lieu de réinsertion et non pas un cul de basse fosse.
Donc quand j’entends notre président parler des victimes je pense immédiatement à nos prisons, à ces gens que l’on relâche faute de place, enfin faute de place dans le surpeuplement actuel. A ceux que l’on incarcère sans trop de raison si ce n’est un système qui s’autoalimente dans le fait coutumier que la prison pour les autres ce n’est pas trop grave.
Tout ceci, la tragique et douloureuse affaire actuelle du présumé faux chauffeur de taxi nous le rappelle durement.
Pour en revenir à l'affaire horrible de cette jeune suédoise, encore une fois, avec le même reflexe poujadiste que pour la peine de mort auparavant, certains réclament l'application sous une forme ou sous une autre de la rétroactivité de la loi : le premier magistrat de France en tête.
Aussi horrible que puisse être la situation, l'acte fondateur de notre démocratie repose sur ceci :
Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, Article 8.
- La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Il découle de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, en vertu de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, que le principe de légalité vise deux choses :
- l'obligation pour le législateur de définir les incriminations en termes clairs et précis ;
- le principe de non-rétroactivité des lois pénales.
Toute atteinte à ce texte fondateur exposerait demain vous, moi, au déchainement juridique d'un pouvoir devenu dictatorial.
IL parait dès lors évident que c'est vers la dignité du statut du prisonnier et de la mise en pratique d'une politique de soins adéquats qu'il faut dès a présent se tourner.
Dans un deuxième temps il parait anormal qu'une personne ayant les antécédents que nous découvrons, ne puisse pas être contrôlée surtout après avoir été signalée comme se servant d'un faux taxi qui plus est de type "espace" !
La facilité du "je change la loi" ne saurait céder face à la vraie et bonne application de la loi.
Au fait Omar Dati, l’autre frère de madame Dati tombé pour récidive de trafic de drogue, condamné à 8 mois ferme a été placé sous bracelet électronique : vous comprenez il travaille chez Aréva… Quand à madame Dati, elle défile pour Dior et grille en trois mois le budget annuel alloué à ses évolutions : vous comprenez elle travaille au ministère de la Justice !
Je n’ai plus revu ce magistrat et j’avoue que son « à bientôt peut-être » s’il fut, j’ose espérer, purement amical, m’a fait le même effet que si prononcée par un croque mort.
Bref, car je sais être bref, hein ! Mattei a finalement fini son journal…
------------------- pour aller plus loin ----------
wikipedia : un début de réflexion sur la Prison
France Info - 9 avril 2008 - Prisons : l’Etat condamné, une première
Prisons de France et règles européennes
Senat : une humiliation pour la République - rapport sur Les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires en France
Contrôle extérieur des prisons : article nouvel obs avril 2007 !
Qui doit contrôler les prisons ?